En 1981, dans Le Discours antillais, le penseur martiniquais Edouard Glissant écrit: « L’agora et l’amphithéâtre sont les lieux équivalents où se joue le drame grec, où Socrate se fait condamner pour voir et où Œdipe aveugle défie des dieux capricieux » (Glissant 1997a 687). Cette vision renvoie à la pratique du théâtre dans la cité athénienne à ses débuts, avant qu’il ne migre « sur une esplanade au-dessus du temple de Dionysos » (Lebeau 9). Pour les Grecs, l’agora est, selon Jean-Pierre Vernant, un « espace fait pour la discussion »: il s’agit d’un espace public s’opposant aux maisons privées, d’un espace politique où l’on discute et où l’on argumente librement […] où les affaires publiques sont débattues, et ce centre représente tout ce qui est commun, la collectivité comme telle. Vernant précise: « Dans ce centre, chacun se trouve l’égal de l’autre, personne n’est soumis à personne » (154).